Prendre la parole en public : art ou science ?
Cette question peut sembler triviale ; la prise de parole est un art, bien sûr, puisqu’il se pratique comme tel et repose sur l’exercice, la répétition, l’exécution et l’amélioration continue, raison pour laquelle on parle de « l’art oratoire ».
Mais les dessous de cet art, son fonctionnement, ses lois, sont un sujet d’étude pour la science qui nous montre par exemple :
· Pourquoi certaines structures narratives sont plus efficaces que d’autres.
· Quelles zones du cerveau rentrent en jeu lors d’un échange narratif (synchronicité).
· Comment retenir l’attention du public.
· Pourquoi une information chargée émotionnellement est mieux retenue par le récepteur.
Dans tous les cas où il s’agira de convaincre, et non pas simplement d’informer, il faudra donc se préoccuper à la fois de la structure narrative et des moyens que l’orateur/trice va utiliser pour faire passer le message.
La structure narrative est importante car c’est elle qui va déclencher, ou non, l’attention. Tous les parents qui racontent une histoire à leur enfant le savent. Depuis des centaines de milliers d’années, lors de notre longue période de chasseurs cueilleurs, les histoires ont été notre principal mode de communication, notamment à propos des dangers et des opportunités, ce qui nous rend aujourd’hui encore, très sensibles aux éléments déclencheurs d’une bonne histoire.
Dans son excellent livre « the storytelling animal » Jonathan Gottschall, résumant la recherche en la matière, montre que nous sommes baignés d’histoires, non seulement par les romans et le cinéma mais également par l’actualité, les procès, la politique, le sport et le divertissement. Dans tous les cas la structure narrative peut être ramenée à la trilogie : « tout va bien, tout va mal, tout va bien. » en d’autres termes : a) il y a une situation d’équilibre, b) un élément perturbateur vient le rompre, c) le ou les protagonistes viennent à bout des obstacles d) On atteint une nouvelle situation d’équilibre distincte de la précédente. Cette suite est profondément ancrée en nous et les recherches montrent que lorsque l’on raconte une histoire, les mêmes zones du cerveau sont activées chez le narrateur et l’auditeur, créant une forme de synchronicité propice au passage et à la rétention d’information. (Lauren Silbert 2010)
A nous donc d’injecter une forme plus ou moins élaborée de storytelling dans nos présentations si nous voulons captiver notre auditoire : pratiquement tous les projets d’entreprise passent, peu ou prou, par les phases « tout va bien, tout va mal, tout va bien » et les occasions sont donc nombreuses de nous connecter à notre futur public.
La prochaine fois qu’on vous demandera de faire une présentation, commencez donc par fermer votre ordinateur, par vous mettre dans un lieu tranquille ou par aller vous promener dans les bois et posez-vous la question : « qu’est que je veux raconter, en une phrase ? Quelle est l’essence de mon message ?» Élaborez la structure de votre histoire avec ses phases, ses péripéties diverses et sa conclusion forte ; A ce moment-là seulement, ouvrez Powerpoint et commencez à élaborer vos slides. Avouons que nous avons tous tendance à faire l’exact inverse. Nous empilons des dizaines de slides épars, glanés chez des collègues (ou imposés par notre N+1) , puis nous en faisons une suite plus ou moins cohérente et nous croisons les doigts.
La meilleure histoire du monde cependant, si elle n’est pas bien servie par son interprète, ne manquera pas de faire un flop monumental. On se souvient tous, hélas, de tel dirigeant d’entreprise sensé nous emmener dans la nouvelle stratégie enthousiasmante, mais dont la voix monocorde et la tête penchée sur son texte nous ont endormis au bout de cinq minutes…
Prendre la parole en public, que ce soit devant une équipe, un département ou le comité de direction, est une compétence au même titre que la planification, le leadership et d’autres attributs du leader. Elle est directement liée au charisme ; caractérisé par la clarté, l’enthousiasme, la chaleur, un sentiment d’inclusion et une vision du futur.
Notre voix, nos expressions faciales et notre gestuelle sont les véhicules par lesquels nos intentions, nos émotions, nos idées, … bref notre message, vont passer. Or ces véhicules ne se conduisent pas de la même manière lors d’une conversation courante entre amis que devant une audience de plus de 50 personnes. Les variations de rythme, de tempo, d’inflexion, de volume et de timbre seront plus proches des techniques de chant que de celles de la voix parlée. Les acteurs professionnels le savent bien, ils font des exercices répétés durant toute la durée de leur formation et même longtemps après. Dans le monde de l’entreprise on vit avec l’illusion que cette compétence (lorsqu’elle est identifiée comme telle) est naturelle ; on l’a ou on ne l’a pas, et si on ne l’a pas, tant pis !
Cependant, l’impact négatif d’une piètre communication sur la motivation des collaborateurs n’est pas à sous-estimer et l’on a vu la réputation de bon nombre de leaders, par ailleurs très compétents, être ternie suite à une présentation soporifique. Investir dans le développement de la compétence « prendre la parole en public » est donc une stratégie RH payante.
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